Maman et les violences subies

maman-1968-a-vlissingen-1-cadre

Ce sera bien la première fois que je parle de maman, à ce jour, en ces termes.
A la fois une intense dénonciation, un témoignage pour les femmes qui passeraient lire cet article, et une réconciliation et prise de conscience de moi-même, l’âge aidant vis à vis d’elle. La mémoire fait son chemin. L’amertume, les griefs s’en vont dans une forme de pardon. Je ne sais si c’est ce sentiment là ? A ce niveau je suis quelque peu « handicapée ». Cela ne laisse en rien le fait qu’elle soit devenue la femme manipulatrice qu’elle soit devenue par réaction ? En nous divisant mon frère et moi-même pour mieux « régner » ? Peut-être ? Dans mon univers familial, mes enfants et petits-enfants. Elle fut toutefois une femme bonne, aimante pour les autres ayant le don d’elle-même en tant qu’infirmière. Je puis la qualifier de « sainte » vis-à-vis de son tortionnaire. Syndrome de Stockholm ? Peut-être.

Elle avait une vie sociale différente de la vie familiale.  Une femme de droit, fonctionnelle dans la vie de tous les jours,  très coquette, extravertie, et qui m’a beaucoup appris au niveau de la culture que j’ai acquise grâce à elle, en complément surtout de l’école. Une femme courageuse, dont je n’ai pas du tout partager ses prises de position,  que je lui ai reprochés alors que j’avais encore dans la cinquantaine. Le chemin est long pour une forme de compréhension. Cela ne pardonne pas nécessairement tout, comme non assistance en personne en danger, mais elle a fait comme elle pouvait à l’époque en étant une femme sous influence. N’ayant jamais connu cette vie là dans sa famille et ayant été télescopée sur une autre planète, avec mon frère et moi-même. Chacun de ses enfants semble t-il avec des vies vécues intérieures fort différentes. Je n’ai pas fait mieux qu’elle, c’est-à-dire comme j’ai pu aussi, avec les moyens dont je disposais à essayer de se confronter aux problèmes de l’existence. Différences et aussi continuité.

Je pense que les origines sociales, ultra bourgeoise pour maman et rurale pour papa n’ont rien eu à voir dans ce qu’elle et nous avons pu subir. Sauf si papa avait eu des antécédents familiaux, ce que j’ignore.

Les violences physiques et psychologiques en tant que femme.

Le début et quand cela se met en place ? Comme le raconte la femme qui a témoigné hier après-midi sur France2, petit à petit.
A peine sans se rendre compte elle-même de l’isolement imposé, de la jalousie, de l’alcoolisme.

Je me souviens j’avais huit ans. Maman m’a raconté que papa qui travaillait comme second dans la marine marchande ne souhaitait plus continuer ce travail. Il ne voulait plus naviguer, alors que c’était son rêve, son lieu où il aimait être, sa vie.
« Tient donc ! Il avait tellement peur qu’elle aille voir ailleurs dans sa tête d’homme macho que déjà de par cette action, il a fait le premier pas vers cette vie infernale qu’il nous a imposé. » (c’est moi qui le pense)

C’est ainsi qu’il est entré pour faire court dans un garage de mécanique. Il était fortiche dans ce domaine, surtout les moteurs diesel. La suite de son parcours professionnel le démontrera. Installation des moteurs du plan incliné de Ronquières (Belgique) notamment.

Comme il ne naviguait plus, il a commencé à fréquenter le bistrot du coin. Le seul au Nord de Bruxelles, à l’époque encore un petit village. J’avais moins de huit ans. Les enfants lorsqu’ils sont petits ressentent les choses de la vie et lorsque quelque chose ne va pas.  Je me souviens de ma main, ce jour là, dans celle de maman. Nous cherchions papa qui n’était pas encore rentré. Je ressentais la peur. Je ne pouvais rien nommer. Elle ne disait rien. J’étais trop petite. En chemin, à pieds, dans un silence tellement pesant. La trouille au ventre.
Nous l’avons retrouvé dans ce café de quartier. J’ai vu son visage et j’ai vu ses yeux tout petits et tout ronds. La petite fille que j’étais ne trouvait pas cela normal. Maman non plus. « Je raconte cela de cette manière, car son ressenti et le mien ont été en osmose ce jour là »
Rien ne tournait rond. Des ondes m’entouraient. J’avais cette intuition que les êtres sensibles ont qu’il allait se passer quelque chose, mais quoi ? Nous avons grimpé les marches du petit immeuble en rentrant tous les trois.
Je ne me souviens pas si auparavant il buvait ? J’ai oublié.
Nous avions peur. Mon frère ? Il semble ne pas avoir été là. J’ai oublié.
Il a commencé comme d’habitude à titiller maman, à lui chercher des poux dans la tête. L’atmosphère était lourde, comme lorsqu’un orage dans la nature va éclater.

Et c’est là l’espace d’un moment que j’ai vu cette image que je n’oublierai jamais c’est mon père avec le petit couteau de cuisine à éplucher les pommes de terre, le lever au-dessus de maman appuyée contre l’évier de la cuisine. J’ai hurlé et je me suis enfuie au rez-de-chaussée chez la voisine. Je me souviens m’imaginer l’horreur. Le cadavre de maman sur le sol, aux mains de mon père. Je ne voulais pas rentrer chez moi, chez mes parents. Je voulais être ailleurs. Maman est venue me rechercher. J’étais accroupie entre une armoire et un mur. De cela je ne me souviens pas. Bien de mes pensées. Celles de ma maman ? Elle ne les a jamais dites. J’ai jamais demandé non plus. Il était interdit de poser des questions.
Première agression.

Il a continué à boire. En revenant, alors que maman faisait à manger en attendant qu’il entre. J’entendais son pas lourd dans l’entrée et claquant cette porte. Il chantait ce qui n’annonçait rien de bien. Nous sommes alors aux alentours de 1960, j’avais dix ans. Elle le servait et ensuite il balayait d’une seule main cette assiette qui se retrouvait à terre. Je vois encore maman tout ramasser et la nourriture et la vaisselle cassée. Combien de fois n’a t-il pas renouvelé ce geste. Et invariablement maman ramassait et jetait. Sans rien dire. Il criait, il jurait, il invectivait. Nous étions tous dans le silence et dans l’attente que cela cesse.
La vie était ainsi rythmée à la maison le soir, entre ses virées d’alcoolique, les mots qu’ils disaient à maman injurieux. J’ai beaucoup oublié et n’ai retenu pour maman que la suite.
Un jour, il est rentré et lors d’une altercation toujours sous l’emprise de la boisson, il a mis ses mains autour de son cou et il a commencé à l’étrangler. Je regardais immobile, n’osant pas bouger. Impossible, tétanisée par cette horreur. Et la peur au ventre comme lors de la première agression de perdre maman.

Maman s’était « habituée » aux colères de papa. A ces titillement en joutes verbales. Je l’ai vue entamer des monologues interminables pour le calmer, le temporiser, détourner les idées fixes de cet homme et les faire changer dans son esprit tordu. C’était long et maman n’en finissait pas d’essayer de le raisonner. Elle y arrivait, au bout d’une ou de deux heures. J’entendais tout cela.
Deuxième agression

Maman m’a raconté pour une autre, qu’elle avait fait bouillir beaucoup d’eau, à l’époque sans doute pour la lessive. Et qu’il avait voulu prendre ce récipient et jeter le tout sur elle. Elle a pu en réchapper je ne sais plus comment.
Troisième agression.

Les coups, c’est nous qui les recevions au départ. Davantage mon frère, après c’était parfois mon tour. La ceinture pendait à la porte, je me souviens tellement bien. Cela fait très mal, cela brûle. Pas de mots. S’enfuir en pleurant et entendre que c’est une honte les pleurs. Mon frère très rebelle, n’y coupait jamais. Maman à ce moment là se mettait entre lui et mon père et tout s’arrêtait. Étrangement, pour dire qu’il n’y a pas de cohérences, il ne levait pas la ceinture sur maman à ce moment là.
Vivre ainsi est un enfer. Vivre ainsi c’est sous une torture de violences vécues au quotidien.
Lorsque je lui répondais à table, je me souviens avoir reçu à diverses reprises le pot de beurre dans la figure. « maman mettait le beurre dans un ravier en verre avec un couvercle »
J’ai eu moins de coups, mais il a eu sur moi une autre emprise bien pire, physique et psychologique m’enfermant dans un silence de vingt années.

J’ai donc vu maman supporter tout cela. A l’adolescence, je me disputais avec elle en lui demandant pourquoi ne pas le quitter nous aurions été si heureux à trois sans lui ? Elle me répondait qu’elle avait très peur. Qu’elle ne pouvait pas. Qu’il l’avait menacée que si elle faisait une telle chose il nous tuerait tous les trois. Je lui répondais que ce n’était de la part de cet homme que de la lâcheté et qu’il ne ferait rien du tout.  J’en ai beaucoup voulu à maman de ne pas quitter papa. Je ne comprenais pas, comme d’autres faits précédents me concernant. Ce fut entre elle et moi une profonde discorde longue. Aujourd’hui j’aimerais qu’elle soit là pour lui raconter que je comprends pourquoi.
Même devenue adulte, nous en parlions toutes les deux. Elle m’expliquait. Je ne pouvais pas comprendre. J’avais l’intransigeance de mes parents, à ma sauce. L’entêtement aussi. Mes parents avaient tous les deux dans ce domaine la palme d’or. Je sais de qui j’ai hérité dans ce domaine 🙂 Je puis sourire, car cet entêtement me sert aujourd’hui.

Non maman ne pouvait pas le quitter. A l’époque personne pour aider une femme dans cette situation. Alors qu’aujourd’hui, les centres et les associations sont existantes, je me dois de constater que malgré tous ces efforts, combien de femmes meurent sous les coups de leur conjoint ? Je ne parlerai pas des statistiques, je les déteste et ils ne veulent rien dire.

Un jour qu’il revenait saoul à l’appartement, toujours entre mes dix et treize ans, j’étais occupée avec mes cahiers scolaires. Je faisais de la physique, je m’en souviens très bien. Il a pris tous mes cahiers en me disant que l’étude cela ne servait à rien, et il a tout balancé au-travers des deux grandes pièces de plus de quatre mètres de longueur. Au passage, il cassait un objet, puis un autre. Tout valsait autour de nous.
Après l’incident de mes cahiers où je fus encore plus atteinte parce que j’adorais l’école, j’ai pris une décision. Faire quelque chose pour qu’il ne boive plus et avoir la paix. J’ai fait une longue analyse et ma psychiatre m’a dit que là j’avais pris le rôle de maman, courage et résilience.  Lorsqu’elle m’a dit cela concernant maman, je n’ai rien ressenti, fallait que cela change un point c’est tout. Il fallait agir.  C’est une autre histoire.
Pourquoi décider ? Parce que pour moi l’école était un lieu sacré, un refuge où j’apprenais tant de choses. Ma curiosité était satisfaite, j’y avais mes amies, j’apprenais autant que je le pouvais, même si je n’avais pas suffisamment de mémoire. Ce ne fut pas facile. J’ai réussi ma dernière année.

Ensuite, il n’y a plus eu la boisson, mais les mots. En résumé un régime de dictature au quotidien. Plus tard, lorsque la porte de la maison s’ouvrait, je savais que la paix était terminée et qu’il allait falloir composer. Maman à ce moment là et depuis longtemps avait retrouvé du travail.

Les colères incessantes en voyant une émission à la télévision.
Maman m’a raconté aussi qu’en travaillant comme aide-soignante, son dernier travail dans une maison pour personnes âgées dépendant du CPAS, l’équivalent de la CCAS ici en France, elle invitait parfois une copine de travail à la maison. Mon père ce grand pervers mettait la main là où il ne fallait pas à ces femmes qui venaient en visite et ensuite maman devait constater qu’elles ne venaient plus. Elle su par la suite pourquoi. Il les caressait en douce derrière le dos de maman.
Papa isolait ainsi maman dans ses relations amicales. Quant à la famille, celle-ci l’avait rejetée suite à son mariage. Rejet de la part de cette famille « bien pensante » parce qu’elle allait épouser un protestant et qu’elle attendait « famille » (expression belge qui veut dire attendre un bébé). C’était moi.
Il était en instance de divorce. Là j’écris en souriant qu’elle avait cumulé pour déranger cette société à l’ordre bien établi. A l’époque c’était une femme amoureuse. Il n’y avait que mes grands-parents.

Et un jour il a interdit à ma grand-mère de venir le mercredi après-midi pour aider maman dans la couture. A l’époque les chaussettes étaient encore reprisées, les boutons recousus, les ourlets faits etc…. et ma bonne-maman venait que pour cela. A l’époque le temps était déjà à l’économie. Difficile de joindre les deux bouts, même en 1965. Tout cela parce qu’elle était catholique. Ma pauvre bonne-maman, si bonne, aimante, dévouée.
Là maman a tenu bon et n’a pas abandonné. Heureusement pour elle, pour nous.

Et après, les années se sont écoulées. Papa avait dix-huit ans de plus que maman. Il avait été torturé comme résistant politique en Allemagne et portait de graves séquelles aux jambes ce qui en vieillissant se traduisaient par l’apparition d’ulcères variqueux. J’avais environ seize ans, dix-sept ans. Maman travaillait de nuit. Elle rentrait le matin, et ensuite pendant une heure s’occupait de papa pour le soigner comme la bonne infirmière qu’elle était. Avec soin, application pour que ce truc là guérisse. A l’époque deux crèmes, l’une pour l’extérieur de la plaie une autre pour mettre dessus. Je le voyais souffrir et je me disais : « tu as ce que tu mérites ». Je n’ai jamais eu de pitié pour tout cela. Je trouvais maman courageuse, et très sincèrement, je l’admirais pour ce qu’elle faisait à ce tortionnaire. Car il l’était toujours. En paroles. Il devenait trop âgé. A eux deux, par la suite, lorsque nous n’étions plus là avec les parents, maman a mieux vécu. Elle entraînait papa à Ostende. Elle restait sur l’estacade ou bien sur la digue. Papa prenait le bateau pour la journée et partait pêcher pour le plaisir. Ils faisaient ensemble des sorties d’une journée organisée par une société de cars de voyages pour les personnes de tous âges. Ceci à Forest-Bruxelles.

Lors de l’enterrement de papa, j’ai trouvé inadmissible que maman s’écroule alors que mon frère et moi nous tenions son bras de chaque côté. Je ne comprenais pas pourquoi elle pouvait éclater en sanglots. Comme je lui en ai voulu de tout cela.

Aujourd’hui c’est terminé les pensées négatives au sujet des choix d’une femme qui en a subi des choses. Différentes des miennes, moches aussi sous le même toit. Deux femmes différentes.

dscn2064x2000s-cadre

© Geneviève O – 25-11-2016

Au cœur de l’ordinateur

Au cœur de l’ordinateur

Je m’étais introduite dans son programme, et j’y avais réussi grâce à mon cheval de Troie.
Entourées de fils et de puces, et à pas retenus, je m’avançais vers le lieu où je pourrais le surprendre, le rencontrer au coeur même de sa création. J’avais franchi le portail.

Les circuits titillaient mes seins que j’avais enveloppés de longs voiles transparents et m’envoyaient de petites décharges qui m’excitaient comme sa main aurait pu le faire. Du moins c’est ce que j’espérais dans mon for intérieur. Car cela faisait si longtemps maintenant que j’attendais alors qu’il ne se manifestait pas ou très peu.

Malgré la rencontre de quelques cascades, sur ce chemin je me trouvais bien seule n’y rencontrant pas un seul chat.

Mon esprit gambadait, je l’imaginais grand, blond, aux yeux bleus, celui qui venait du nord, de la lignée de ces valeureux vikings, braves et courageux, et dont l’entêtement ne reste pas à prouver.

J’avais composé pour lui un merveilleux chant, la partition en tête. Je me sentais sirène. J’irais lui tendre la main, pour l’emmener aussi dans mon monde virtuel, dans le creux de mes propres circuits, le tenter et lui faire boire un breuvage concocté par moi où j’y aurais mis une délicieuse boisson remplie de virus qui lui ferait perdre le contrôle et l’enfiévrer.

J’enjambais, les différentes connexions électroniques, d’un pas souple et allègre. Mon coeur battait la chamade, car j’allais enfin le voir, lui vers qui, grâce à mon mot de passe, je pouvais pénétrer sur ce lieu si particulier, où je confiais via mon clavier, mes secrets les plus intimes, ainsi que mes fantasmes.

Je me trouvais avoir retenu son adresse et franchi la passerelle, très près de son système central.

La rencontre était proche, et bientôt j’imaginais que je pourrais le regarder, lui parler, plonger mes yeux dans les siens, et l’inviter pour une première danse, une java.

Mon corps se collerait contre le sien. Je sentirais toutes les courbes de son anatomie, comme lui sentirait les miennes.

La musique des circuits nous envelopperait et cette danse deviendrait lascive, langoureuse, à la fois virevoltante, et sensuelle. Nos pas seraient synchrones.

Perdue dans mes rêves, j’en oubliais les lieux où je me trouvais. La chaleur y était intense et j’avais très soif. Un serveur de passage me servit une boisson désaltérante. Le personnel laissait souvent à désirer, il le savait mais faisait son possible comme il le pouvait étant donné que certains jours, ce n’étaient pas les allées et venues qui manquaient.

Quelques chats s’étaient présentés à ma vue comme pour me montrer le chemin.

Soudain je me suis retrouvée devant lui, face à face parmi toutes ces données, près de son coeur. J’étais émue de le voir enfin, de le découvrir.

En bon hôte, il m’ouvrit la porte et me fit rentrer.

J’avais enfin, en face de moi, le Webmaster !

Un jour pour m’amuser écrire cette nouvelle sur base de certains termes utilisés en informatique à l’époque.

© 2006-2007 Geneviève.O

.

En descendant du train

Je descends du train, accompagné de mon chien et me dirigeai vers la porte de la gare…..

 

Le quai était bondé, et les gens se bousculaient pressés les uns de retrouver un être cher et de pouvoir l’étreindre, les autres s’affairant autour de leur bagage. Mon chien imperturbable devant toute cette agitation me suivait bien docilement. Je le tenais bien en laisse, car je craignais pour lui qu’une personne le blesse par inadvertance d’un coup de bagage, ou de bousculade.

 

J’essayais donc de me frayer un chemin au travers de cette foule bien dense. C’était un jour de grand retour de vacances scolaires d’été. Le soleil ne s’était pas encore couché et l’air m’envoyait encore de doux effluves d’un été qui se termine.

Après avoir traversé ce labyrinthe humain, je me suis enfin retrouvée à l’extérieur de la gare.

Cet ensemble architectural avait été construit au début du siècle, dans le style rural de l’endroit. Peint de jolies couleurs gaies, j’en appréciais que davantage cette présence importante dans mon cadre de vie.

Au lieu de prendre un transport, je décidai de me diriger à pieds vers la maison que j’avais laissée au début de mes vacances.

Comme j’avais un petit creux, j’eus soudainement l’envie de m’arrêter chez la boulangère, où je repris contact avec la réalité de la vie quotidienne.

 

– Bonjour me dit- elle, alors ces vacances comment se sont-elles déroulées ? Et puis elle regarda le chien qui m’accompagnait et ajouta :

– Tient je ne savais pas que vous aviez un chien ?

– Très bien lui répondis-je, en fait, je me suis rendue à la côte pour me reposer et puis comme vous voyez je me suis fait un compagnon bien gentil.

– Ah! me dit elle, paraissant fort intéressée mais surtout curieuse de connaître la suite, vous l’avez reçu, car il n’est plus tout jeune ?

– Non, non ! et en souriant je lui racontai cette rencontre inattendue entre ce chien et moi-même.

– Je me promenais le long de la plage, le soir tombait, l’air était doux, et le monde commençait à s’en aller. Je souhaitais encore me balader le long de l’eau en écoutant le ressac et le bruit des vagues venant mourir sur le sable, lorsque je me suis aperçue que trottait à côté de moi un chien venu de nulle part et qui l’air de rien m’accompagnant là,  au moment où le soir tombe.

Je m’étais dit que son maître ne devait pas être bien loin et je continuais perdue dans mes pensées.

Et puis il a fallu rentrer. Le chien ne me quittait pas accroché à mes pas.

Je ne voyais personne à l’horizon qui aurait pu se prétendre être son propriétaire et je suis donc rentrée chez moi accompagnée de l’animal. Depuis lors, et après quelques recherches demeurées infructueuses, il ne m’a plus quittée. Alors vous voyez les vacances en solitaire que je m’étais octroyées et bien voilà j’ai eu de la compagnie, oh ! combien agréable.

– Bien ! me répondit elle avec un sourire, et comment l’avez vous appelé ?

– Sable ai-je répondu avec un sourire entendu, en souvenir de l’endroit où lui m’a trouvée.

Le chien pendant cette conversation attendait patiemment assis sur son postérieur notre conversation ma foi bien futile, mais il fallait bien renouer le contact.

Je m’enquis des derniers potins du village et dit au revoir à la boulangère.

 

Je pris le chemin qui montait légèrement sur le côté de la place. En passant devant la fontaine, Sable se mit à boire dans les quelques flaques auprès de la bordure de pierre.

Le sentier était pentu, et mon compagnon ne semblait guère vouloir m’accompagner aussi vite que je l’aurais souhaité. Mes bagages pesaient lourds. Les odeurs du soir venaient me chatouiller les narines et je voyais que Sable s’en donnait à cœur joie de courir après les insectes, les papillons qui profitaient encore de la tiédeur de la soirée.

Tout en haut se trouvait mon logis. Quelqu’un m’y attendait, malade. Je lui rapportais de bonnes nouvelles et aussi un nouveau compagnon pour égayer ses journées.

J’introduisis la clé dans la serrure et libérai l’animal joyeux.

Il trottina dans la maison et se dirigea immédiatement vers le lit qui se trouvait dans la salle à manger pour aller renifler la main déposée sur le drap de lit. Sable agita la queue de contentement et fit connaissance avec l’autre occupant de la maison. C’est alors seulement que mon compagnon m’accueillit avec un sourire lumineux où se reflétait tout l’amour du monde.

Texte écrit en atelier aux environs de 2005. – filamots – brindille33 – Geneviève

 

Illustration : Cartes Postales de Jacques Bonnet