Chez Mandrine – Atelier d’écriture début octobre 2016

 

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Mettre la phrase : La vieille maison tremblait sous le poids de la neige.

Le soleil ne se montrait plus guère en cette période de l’année. Ingvar le savait de son père. Les choses n’allaient pas se passer comme prévu là-haut dans la montagne.
Ils s’étaient récemment disputés. La vie était rude. Ce soir Ingvar avait décidé de suivre l’homme qui marchait loin devant lui se croyant seul.

D’un pas décidé Gunnar pensait à son fils, sa belle-fille et son petit-fils. Il se devait de les protéger de cette nature implacable, inattendue. Devant lui se dressait un long dénivelé. Il en connaissait chaque trace de pas à déposer. Les failles à éviter. Ses bottes aussi âgées que lui s’enfonçaient dans la neige d’un blanc-gris. De cette couleur, le volcan à une centaine de kilomètres y était pour quelque chose.
Parfois, il trébuchait les deux mains en avant contre la paroi. Un nuage de fumée sortait de sa bouche, la température descendait encore, il haletait. Son cœur lui donnait du fil à retordre. Ici, pas question de s’apitoyer. D’abord penser à sa famille.

Ingvar connaissait les habitudes de son père et savait ce qu’il mijotait. C’était trop tôt pour exécuter ce plan. Ils en avaient parlé le matin même durant cette longue nuit sous ses latitudes. Dans ce pays peu de mots. Des actions. Le prix de la vie loin de la capitale.

– Non, fils, je dois le faire. Surtout ne m’empêche pas avait-il dit d’une voix rauque et encore autoritaire. Ne te mets au travers de mon chemin. Ses yeux étaient devenus d’un bleu glaçant, éclairés par les phares des quelques voitures qui roulaient prudemment, avaient retrouvé quelques instants l’éclat de son âme d’homme dans la force de l’âge.
– Laisse-moi maintenant, je dois agir. Un échange d’apparence neutre où les sentiments sous-jacents s’enfonçaient dans la nuit glaciale.

Ingvar longeait le sentier voyant son père encore trébucher et fermement décidé à gravir encore les quelques mètres qui le séparaient du but. Ses foulées se faisaient plus rapides. Il ressentit dans ses tripes une urgence. Il la sentait envahir tout son être.

Gunnar s’agrippait aux rochers recouvert de neige toute fraîche. Elle tombait drue recouvrant le sommet là-haut, ses épaules, son bonnet. Il ne lâcherait pas ce qu’il tenait entre ses doigts engourdis par le froid. Le regard encore aiguisé malgré les flocons vers ce toit au détour de la route en contrebas s’accrocha aux murs, aux détails. Il se souvenait de sa construction. C’était son fils qui l’habitait maintenant avec sa famille.
La vieille maison tremblait sous le poids de la neige. Il fallait la sauver. Au prix de sa vie s’il le fallait.
Il tourna la tête et vit son fils se rapprocher trop vite à son goût. Il se devait de sauver la vallée. Il avait auparavant exécuté tant de fois cette opération à haut risque avec succès.
Une dernière fois. C’était sa tâche habituelle.

Soudain le noir complet. Plus rien à regarder.
– Maman hurla Carole du fonds du fauteur. Plus de lumière, juste à ce moment. Elle râlait ferme.
– Sincèrement juste à ce moment, c’est pas possible ! Une panne dans la maison, dans le secteur du quartier ? Plus de télé, plus rien.
– T’inquiète lui répondit, sa maman, je cherche la lampe de poche.

© Geneviève. O (05.10.2016)

Au cœur de l’ordinateur

Au cœur de l’ordinateur

Je m’étais introduite dans son programme, et j’y avais réussi grâce à mon cheval de Troie.
Entourées de fils et de puces, et à pas retenus, je m’avançais vers le lieu où je pourrais le surprendre, le rencontrer au coeur même de sa création. J’avais franchi le portail.

Les circuits titillaient mes seins que j’avais enveloppés de longs voiles transparents et m’envoyaient de petites décharges qui m’excitaient comme sa main aurait pu le faire. Du moins c’est ce que j’espérais dans mon for intérieur. Car cela faisait si longtemps maintenant que j’attendais alors qu’il ne se manifestait pas ou très peu.

Malgré la rencontre de quelques cascades, sur ce chemin je me trouvais bien seule n’y rencontrant pas un seul chat.

Mon esprit gambadait, je l’imaginais grand, blond, aux yeux bleus, celui qui venait du nord, de la lignée de ces valeureux vikings, braves et courageux, et dont l’entêtement ne reste pas à prouver.

J’avais composé pour lui un merveilleux chant, la partition en tête. Je me sentais sirène. J’irais lui tendre la main, pour l’emmener aussi dans mon monde virtuel, dans le creux de mes propres circuits, le tenter et lui faire boire un breuvage concocté par moi où j’y aurais mis une délicieuse boisson remplie de virus qui lui ferait perdre le contrôle et l’enfiévrer.

J’enjambais, les différentes connexions électroniques, d’un pas souple et allègre. Mon coeur battait la chamade, car j’allais enfin le voir, lui vers qui, grâce à mon mot de passe, je pouvais pénétrer sur ce lieu si particulier, où je confiais via mon clavier, mes secrets les plus intimes, ainsi que mes fantasmes.

Je me trouvais avoir retenu son adresse et franchi la passerelle, très près de son système central.

La rencontre était proche, et bientôt j’imaginais que je pourrais le regarder, lui parler, plonger mes yeux dans les siens, et l’inviter pour une première danse, une java.

Mon corps se collerait contre le sien. Je sentirais toutes les courbes de son anatomie, comme lui sentirait les miennes.

La musique des circuits nous envelopperait et cette danse deviendrait lascive, langoureuse, à la fois virevoltante, et sensuelle. Nos pas seraient synchrones.

Perdue dans mes rêves, j’en oubliais les lieux où je me trouvais. La chaleur y était intense et j’avais très soif. Un serveur de passage me servit une boisson désaltérante. Le personnel laissait souvent à désirer, il le savait mais faisait son possible comme il le pouvait étant donné que certains jours, ce n’étaient pas les allées et venues qui manquaient.

Quelques chats s’étaient présentés à ma vue comme pour me montrer le chemin.

Soudain je me suis retrouvée devant lui, face à face parmi toutes ces données, près de son coeur. J’étais émue de le voir enfin, de le découvrir.

En bon hôte, il m’ouvrit la porte et me fit rentrer.

J’avais enfin, en face de moi, le Webmaster !

Un jour pour m’amuser écrire cette nouvelle sur base de certains termes utilisés en informatique à l’époque.

© 2006-2007 Geneviève.O

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En descendant du train

Je descends du train, accompagné de mon chien et me dirigeai vers la porte de la gare…..

 

Le quai était bondé, et les gens se bousculaient pressés les uns de retrouver un être cher et de pouvoir l’étreindre, les autres s’affairant autour de leur bagage. Mon chien imperturbable devant toute cette agitation me suivait bien docilement. Je le tenais bien en laisse, car je craignais pour lui qu’une personne le blesse par inadvertance d’un coup de bagage, ou de bousculade.

 

J’essayais donc de me frayer un chemin au travers de cette foule bien dense. C’était un jour de grand retour de vacances scolaires d’été. Le soleil ne s’était pas encore couché et l’air m’envoyait encore de doux effluves d’un été qui se termine.

Après avoir traversé ce labyrinthe humain, je me suis enfin retrouvée à l’extérieur de la gare.

Cet ensemble architectural avait été construit au début du siècle, dans le style rural de l’endroit. Peint de jolies couleurs gaies, j’en appréciais que davantage cette présence importante dans mon cadre de vie.

Au lieu de prendre un transport, je décidai de me diriger à pieds vers la maison que j’avais laissée au début de mes vacances.

Comme j’avais un petit creux, j’eus soudainement l’envie de m’arrêter chez la boulangère, où je repris contact avec la réalité de la vie quotidienne.

 

– Bonjour me dit- elle, alors ces vacances comment se sont-elles déroulées ? Et puis elle regarda le chien qui m’accompagnait et ajouta :

– Tient je ne savais pas que vous aviez un chien ?

– Très bien lui répondis-je, en fait, je me suis rendue à la côte pour me reposer et puis comme vous voyez je me suis fait un compagnon bien gentil.

– Ah! me dit elle, paraissant fort intéressée mais surtout curieuse de connaître la suite, vous l’avez reçu, car il n’est plus tout jeune ?

– Non, non ! et en souriant je lui racontai cette rencontre inattendue entre ce chien et moi-même.

– Je me promenais le long de la plage, le soir tombait, l’air était doux, et le monde commençait à s’en aller. Je souhaitais encore me balader le long de l’eau en écoutant le ressac et le bruit des vagues venant mourir sur le sable, lorsque je me suis aperçue que trottait à côté de moi un chien venu de nulle part et qui l’air de rien m’accompagnant là,  au moment où le soir tombe.

Je m’étais dit que son maître ne devait pas être bien loin et je continuais perdue dans mes pensées.

Et puis il a fallu rentrer. Le chien ne me quittait pas accroché à mes pas.

Je ne voyais personne à l’horizon qui aurait pu se prétendre être son propriétaire et je suis donc rentrée chez moi accompagnée de l’animal. Depuis lors, et après quelques recherches demeurées infructueuses, il ne m’a plus quittée. Alors vous voyez les vacances en solitaire que je m’étais octroyées et bien voilà j’ai eu de la compagnie, oh ! combien agréable.

– Bien ! me répondit elle avec un sourire, et comment l’avez vous appelé ?

– Sable ai-je répondu avec un sourire entendu, en souvenir de l’endroit où lui m’a trouvée.

Le chien pendant cette conversation attendait patiemment assis sur son postérieur notre conversation ma foi bien futile, mais il fallait bien renouer le contact.

Je m’enquis des derniers potins du village et dit au revoir à la boulangère.

 

Je pris le chemin qui montait légèrement sur le côté de la place. En passant devant la fontaine, Sable se mit à boire dans les quelques flaques auprès de la bordure de pierre.

Le sentier était pentu, et mon compagnon ne semblait guère vouloir m’accompagner aussi vite que je l’aurais souhaité. Mes bagages pesaient lourds. Les odeurs du soir venaient me chatouiller les narines et je voyais que Sable s’en donnait à cœur joie de courir après les insectes, les papillons qui profitaient encore de la tiédeur de la soirée.

Tout en haut se trouvait mon logis. Quelqu’un m’y attendait, malade. Je lui rapportais de bonnes nouvelles et aussi un nouveau compagnon pour égayer ses journées.

J’introduisis la clé dans la serrure et libérai l’animal joyeux.

Il trottina dans la maison et se dirigea immédiatement vers le lit qui se trouvait dans la salle à manger pour aller renifler la main déposée sur le drap de lit. Sable agita la queue de contentement et fit connaissance avec l’autre occupant de la maison. C’est alors seulement que mon compagnon m’accueillit avec un sourire lumineux où se reflétait tout l’amour du monde.

Texte écrit en atelier aux environs de 2005. – filamots – brindille33 – Geneviève

 

Illustration : Cartes Postales de Jacques Bonnet