Début d’une nouvelle policière non terminée – Bruxelles aux quais

Dans le cadre des ateliers d’écritures sur mon ancien blog filamots, je participais à différents ateliers et dans celui-ci c’était moi-même qui avait donné les sujets, soit des mots imposés pour les trois textes. Certain(es) l’ont lu sur l’ancien blog, désolée pour elles 🙂

Bruxelles – Aux Quais

Il marchait le dos courbé dans la GRISAILLE du matin blême, comme seule peut réserver la capitale Belge à l’aube des premiers jours d’automne.
La pluie fine tombait sur son manteau qu’il avait enfilé à la hâte. Un pardessus tout élimé aussi usé que ses vieilles chaussures « ras-le-bol de ces GODASSES » pensa t-il.

L’homme se dirigeait d’un pas décidé, à longues foulées du haut de son mètre nonante* vers cette INCONNUE avec laquelle il avait rendez-vous.
Le choix du lieu le long du canal tout au nord de la ville avait été sciemment choisi par lui.
Savoir si elle allait oser s’aventurer si tôt dans la matinée dans ce coin assez lugubre lui titillait les neurones. Georges avait préféré ne pas prendre la voiture. Il aimait particulièrement respirer les odeurs matinales qui semblaient purifier et assainir l’air dans ses poumons. Il savait qu’un peu plus tard les FLOTS des voitures de la circulation urbaine pourriraient le tout, pire qu’une cigarette allumée dont il suivrait du regard les volutes bleutées rejoindre celles qui s’évaporaient au-dessus de l’eau.

Elle s’appelait Carole. Trente-cinq ans, de taille moyenne, les yeux bleu-gris, habillée pour la circonstance d’un jean et de baskets, d’une veste noire bien chaude qu’elle ne regrettait pas de porter ce matin là. Elle attendait patiemment, assise dans une voiture citadine l’homme avec lequel elle avait rendez-vous. . Elle se sentait en totale communion avec le MILIEU de ce paysage qui l’entourait. Un sujet important, un rendez-vous à donner froid dans le dos. « Allons, se dit-elle, je ne puis pas tomber dans l’excès, un peu de nerf, ma vieille »

POURSUIVRE l’écriture de son livre parallèlement au travail d’Inspectrice au Commissariat de Ganshoren était un projet très long. L’homme qui la faisait ainsi « poireauter » faisait partie de cette enquête. Elle espérait que ses recherches pour son bouquin aboutiraient.

Elle aperçut dans son rétroviseur une masse sombre, ILLUMINÉE, par un éclairage blafard, approcher son véhicule. Carole redressa le dos du siège conducteur, ouvrit la portière, sortit de la voiture faisant ainsi face à Georges, tout en se souvenant des propos échangés par téléphone la veille.
– Mon prénom est Georges avait-il dit, moins vous en saurez sur moi, plus vous resterez en sécurité. Ces paroles prononcées d’une voix grave, profonde et quelque peu éraillée.
– A mon tour, dit-elle, Carole Van Dries. J’écris en ce moment une fiction. Le chapitre que j’entame concerne le trafic d’organes dans le monde. Au commissariat, un de vos anciens potes, Paul Maas, m’a communiqué votre numéro. J’aurais besoin d’informations concernant ces échanges illicites et la manière d’opérer de ces personnages qui y sont impliquées. D’après lui, vous seriez le seul en ce moment de passage à Bruxelles, à pouvoir me donner quelques pistes à suivre. Je sais qu’ensuite vous partirez pour Berlin.
Cette réponse avait été dite sur un ton trop vif pensait-elle, mais tant pis qui vivra verra se dit-elle.

Carole distinguait l’homme debout face à elle. Ils s’évaluaient mutuellement. Il pouvait avoir aux environs de la cinquantaine, mal rasé, le visage pas très avenant, il allait falloir foncer.
– Bonjour, dit Carole, d’une voix claire, un sourire mitigé au coin des lèvres. Georges ?
– Oui, c’est cela……heu…… salut ……. Carole ?
– Oui ! oui ! Bien entendu, répondit-elle, sûre d’elle-même. C’est Paul Maas qui m’a donné votre numéro. Un sacré personnage ajouta t-elle en souriant. Il m’a dit de vous transmettre les mots suivants : « les VIOLONS riment avec faucon ».

L’homme paru surpris, hésitant, douteux. Pouvait-il lui faire confiance ?

*********

 

CAROLE

Carole appuya sur la commande et verrouilla sa bagnole.

– un café jeune fille ? Georges frissonna. Bigre se dit-il, fait froid ce matin.
– Oui, oui, cela nous réchauffera, il fait un temps sombre et humide ce matin, répondit-elle en soupirant.

Elle resta ensuite SILENCIEUSE, plongée dans ses réflexions concernant ce personnage marchant à ses côtés.
Pouvait-elle lui faire confiance ?

Carole était née dans un milieu où travailler faisait partie de la culture familiale. A la maison guère de FANTAISIES.
Ses parents vivaient comme LOCATAIRES et concierges dans un immeuble d’entrepôts de vêtements pour une grande marque Anglaise. Son père travaillait à l’extérieur.
Il montait chez des clients, des grilles en FER forgé, toutes plus belles les unes que les autres.
Celles-ci devant de magnifiques entrées ou pour des maisons de maîtres situées dans tous les quartiers de la capitale Belge.
Elle avait toujours été proche de son père et une certaine connivente en grandissant à l’adolescence s’était installée entre-eux avant même qu’elle ne rentre à l’école de police.
Elle savait qu’il avait ESPÉRÉ pour elle un autre métier.

Sa maman s’occupait de la gestion de ces vêtements que Carole considérait comme princiers. Elles déambulaient souvent ensemble entre les rayonnages triés et rangés suivant une codification bien précise de la maison-mère, de ces habits de grand luxe.
Carole supportait avec COURAGE le caractère de sa mère. De par ses nombreuses réflexions amères et pénibles qu’elle entendait si souvent, au fil des années, les mots l’avaient BLESSÉE autant qu’à son père. C’est ainsi qu’après avoir terminé son cycle secondaire supérieur en langues modernes et Sciences Économiques, le diplôme en poche, elle prit la décision de rentrer dans le monde de la police, motivée par l’esprit de groupe, d’entraide, de justice. Du moins là avaient été ses pensées de l’époque. Ce n’est pas que la TRANSPARENCE y régnait toujours, mais elle avait creusé son chemin jusqu’à obtenir ce poste d’inspectrice. Elle aimait son métier et surtout son enquête actuelle.

Au cours des années son cœur de femme s’était fermé à tout amour à pouvoir partager avec un homme sur une longue durée, et n’avait que des relations assez courtes d’une moyenne de quatre mois. Elle ne voulait pas s’attacher, après avoir vu ses parents se déchirer si longtemps. Non, elle n’était ni prête ni disponible.

******

Georges

Tout en déambulant à côté de ce qu’il considérait comme un étrange bout de femme, il se demandait pourquoi il hésitait à lui faire confiance. Elle le déroutait un peu.
Paul et lui s’étaient rencontrés encore adolescents lors d’un voyage accompagnés de leurs parents en Irlande. Ils étaient devenus d’excellents amis aux Pays-Bas où ils avaient grandi ensemble dans leur famille respective.
Paul était rentré à la police du port d’Amsterdam, et avait ensuite à trente ans déménagé vers Bruxelles. Il y avait rencontré sa future épouse, et avait demandé sa mutation. Les amis avaient continué à se voir par intermittence.

Georges était le rebelle d’une famille de cinq frères. Son père aurait voulu qu’il prenne la succession de son cabinet médical. C’est ainsi qu’il avait débuté des études de médecine et par la suite abandonné ces cours pour s’inscrire en criminologie. Il y avait trouvé sa voie. Influencé par ses études médicales, il s’était fait une place dans le trafic des stupéfiants chez les jeunes. Quant à son père, il s’était fait une raison. Il aurait préféré pour son fils, un avenir moins hasardeux.

Depuis quelques années le trafic d’organes lors de ses voyages dans différents pays lui avait mis sous le nez ce commerce immonde qu’il voyait croître avec EFFROI. Il avait beau avoir trimballé sa carcasse poussiéreuse sur bien des chemins différents, il ne pouvait guère s’habituer à l’évolution de ces marchés parallèles causés par la pauvreté, le mensonge, et ces coups de POIGNARD dans la déshumanisation totale des COLLECTIONS d’individus entre eux.
Il aimait s’investir et plonger jusqu’au COU dans les côtés les plus sombres de l’être humain.
Ce qu’il préférait ?
DEMENTIR qu’il n’y avait plus une once d’espoir pour sortir ces laissés pour compte au bord de la route de la vie. Il était obstiné et souhaitait faire partie des plans mis en place pour contrer ces trafiquants de tous poils et démanteler ces réseaux.
Il s’infiltrait, disparaissait dans la masse des anonymes. Le matin au lever, il scrutait dans le miroir son visage buriné comme une seconde peau factice. Difficile ainsi de pouvoir faire son AUTOPORTRAIT. Georges se cachait. Cela lui convenait.

Il songea à sa femme Claire qui en avait eu assez de vivre avec un fantôme. Leurs métiers les avaient séparés au lieu des les rapprocher. Elle en connait un sacré bout sur la psychologie des enfants, et de ces blessés de l’existence.
Il se souvenait de leur rencontre en Inde, dans le Kerala à Munnar. Elle prenait du repos, allongée sur un tapis de sol, dans un de ces bateaux-maison qui sillonne la région. Lui, sur une piste de trafiquants d’esclaves sexuels. Entre eux, ce fut le coup de foudre.

Il passa sa langue sur les lèvres essayant de se rappeler le goût de celles de Claire lorsqu’il s’amusait à la taquiner en l’EMBRASSANT.
Il l’aimait encore. Du moins c’est ce qu’il se disait, sans aucune hésitation. Aucune autre femme n’avait réussi à l’intriguer, susciter le moindre intérêt, comme ce qui s’était passé avec sa femme. Ils s’étaient mariés et puis s’étaient séparés, perdus de vue, n’ayant aucun enfant pour encore les rapprocher sporadiquement. Elle avait laissé en lui une trace d’une rare féminité.
Son départ, dans sa vie, lu avait fait perdre le sens des priorités, et ceci pendant de longs mois.
C’est encore Paul, une fois de plus, qui avait donné le coup de pouce à l’HELICE de ses tourments, en le mettant sur la piste du trafic d’organes jusqu’à en avoir la tête qui tourne. C’est ainsi que le temps avait passé.

Et voilà qu’il lui envoyait dans les pattes, un puceron féminin qui croyait peut-être obtenir le prix Goncourt avec une enquête, dont elle ne pourrait pas soutenir le choc.

– Bonjour, je vous sers quoi ce matin ?

*Nonante : quatre-vingt-dix

© Geneviève Oppenhuis 09-2015

La robe rouge

Illustration

Une robe rouge

Vous m’aviez dit qu’il suffisait que je pense très fort à vous pour que la magie opère.
– Venez je vous attends. Le temps n’a aucune emprise sur les amants.

Dans le vide, je ferme les yeux, je tends la main,
– un, deux, trois soleils, serez-vous là lorsque je les ouvrirai ?

Vous parcourez la campagne en quête d’une liberté, celle qui ne sera jamais la nôtre. Et je suis là, à vous attendre. J’ai mis la robe que vous dites tant aimer me voir porter. Elle est rouge comme le sang qui coule dans nos veines et de la soif qui s’alimente de nos rencontres si intenses et trop courtes.

Elle souligne la blancheur de mon cou offert à vos yeux fous de désir, je le sais, je le sens lorsqu’ils se posent sur mes épaules, poursuivent la route sinueuse entre deux pommes rondes et gonflées des odeurs du printemps. Ma main suit ce regard imaginaire, descendant vers le ventre alourdi par les années, les enfants. Et dans le creux de ce mont de Vénus, mes doigts glissent sur la soie et se souviennent des vôtres.

Ils se crispent remontent le tissu, passent entre les chairs humides au souvenir de notre dernière étreinte. Dans cette pièce sans âme et glaciale, mes joues aussi rouges que les escarpins flambent sous le souffle chaud du plaisir.

– Vous verrais-je, si j’ouvre les yeux ?
– Dites-moi oui, dites le moi. Promettez que devant moi vous serez nu ?

Je vous imagine là vous délectant de mes caresses. Vos mains ont pris votre sexe tendu vers moi, impatient de s’approcher et de m’ôter ce dernier rempart carmin qui ne ferait qu’un avec la couleur de ce dôme tentateur.

Les jambes écartées, je chancelle. Mes pétales vous appellent.

– Vous êtes belle comme sur la photo que j’ai de vous,  dit une voix douce et sensuelle.
– Oh ! vous êtes là ! La magie a dit vrai. J’ouvre les yeux.

Vous êtes ému, un peu crispé et dans votre magnificence nudité, c’est vous qui me tendez la main, en cet instant unique.
Je n’ose la prendre. Mon désir est si fort de vous que j’en tremble au bord de la jouissance.
Comme dans mon souvenir, de l’autre main vous vous caressez, rapidement. Des gouttes perlent auxquelles j’ai envie de m’abreuver. Ma bouche se mouille de gourmandise devant ce que vous m’offrez.

Mon roi, je suis votre reine. J’ai revêtu mon apparat de scène, celui de la tentation. Pour vous je deviens indécente, lubrique, salope. Le diable de la luxure s’empare de mes sens.

– Suivez-moi amant terrible, vous pouvez me résister, mais à ma bouche vous succomberez.

Nos mains se touchent, se tâtent, s’attirent. Les yeux dans les yeux, nous savons tous les deux que nous sommes proches de la jouissance. Elle s’impose, force à nous abandonner sur le rebord d’autant de voluptés.

Debout face à votre stature conquérante, je ne puis que vous faire croire que vous êtes le souverain de mon château libertin. Je baisse la tête, esquisse un sourire espérant qu’il vous ait échappé.

Une porte vient de claquer. Je sursaute. Qu’est-ce ? Le vent ?
Non, vous êtes parti comme vous étiez venu. Demain je ne pourrai plus vous reconnaître. Un mirage dans mon cerveau empoisonné par la maladie. Celui de l’oubli.

© Geneviève Oppenhuis – 4 avril 2012
Ecrit également sous le pseudo de pétale.

Le piano

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Le piano

J’étais passée à diverses reprises devant la maison d’où sortaient des sons de musique qui avaient attiré mon attention. Cette personne jouait du piano de façon sublime. La fenêtre était ouverte. Je m’étais arrêtée pour écouter la musique.
Elle était empreinte de sensibilité, et l’artiste me semblait-il avait du talent. J’étais subjuguée par sa façon de jouer, et prise d’une soudaine impulsion, je voulus savoir qui j’allais découvrir derrière la porte.

La maison qui formait un coin dans une rue adjacente bordée de maisons anciennes, où une main pendue à la porte d’entrée servait de heurtoir se trouvait dans un vieux quartier de la ville.
Je frappai et attendit le coeur battant que quelqu’un vienne ouvrir. Je n’attendais rien. Ou plutôt si, d’être surprise.
Une porte qui s’ouvre, un regard qui m’effleure. Je me sens déjà troublée.
Un homme dans la quarantaine  se trouvait devant moi, les tempes grisonnantes, le sourire aux lèvres. Des cheveux mi-longs, une tenue assez négligée mais propre. Je le trouvai bel homme.
Son regard était interrogateur. J’avais vraiment envie de rentrer.
Alors j’invoquai des informations sur le piano, un article à faire, et lui avouai que je l’avais entendu jouer depuis l’extérieur, et souhaitais quelques informations sur son travail.

La maison était accueillante, ce que je pouvais attendre d’un artiste. Des partitions jonchaient le sol, également éparpillées sur le dessus du grand piano. Mon regard s’attardait autour de moi. Je humais l’atmosphère fraîche qui y régnait. C’était le début de l’été.
Il s’était entre-temps remis au piano, m’avait servi à boire, et repris le morceau qu’il jouait. Il me disait qu’il préparait un concert et qu’il ne se sentait pas du tout prêt pour la date assez proche.

Il jouait le concerto pour piano de Rachmaninov, mon morceau préféré. Ses doigts agiles glissaient sur les touches un peu jaunies par le temps, et regardant au-delà de ses épaules, j’aperçus sur le mur d’en face, de merveilleux dessins japonais et chinois, ainsi que quelques dessins au crayon représentant un homme et une femme enlacés ou bien enroulés sur eux-mêmes dans l’acte d’amour.
Je me perdais dans ces coups de crayon, rêveuse, tout en écoutant les sons qui dans ce premier mouvement, allaient crescendo. C’était poignant, et l’interprète avait un talent incontestable.

Je m’approchai de lui, près de son dos. Il était habillé légèrement et je percevais sous la toile de lin, la peau de cet homme qui m’émouvait en ce moment.

J’étais là près d’un inconnu, et ni lui ni moi nous ne nous posions aucune question, attentifs à la minute présente, à l’instant qui passe.
Je voyais sa nuque, recourbée, tressautant par moment. Mes yeux rivés sur cette peau légèrement bronzée passaient d’une épaule à l’autre, longeaient ses bras, sa taille. J’essayais de deviner sous ses vêtements, sa peau si tentante.

Je me penchai, mes seins sous un haut de dentelle, généreux, frôlèrent son vêtement, et du bout de ma langue, très légèrement je pris les gouttes de sueur qui perlaient à la lumière.
Dès le premier regard, ses yeux d’un brun profond m’avaient captivée, sa stature imposante et bien enveloppée m’avait de suite attirée.
Il n’était pas rasé, mais bon cela ajoutait à ce charme un peu discret qui émanait de sa personne.

Une main droite s’arrêta sur une note, une blanche, temps suspendu, où tout est possible. Je le savais, mais je risquais.

Il pivota sur lui-même, et je crus, un bref instant qu’il allait me mettre dehors. Son regard profond et intense, brillant, plongea dans le mien, sans un mot.
Il me sourit, me détailla des pieds à la tête, laissant son attention un court instant s’arrêter sur mes vêtements légers, mon buste, ma taille, mes jambes, pour revenir tout aussi rapidement sur mon visage, avec toujours ces mêmes yeux un peu énigmatiques.

Il me prit la main, la posa sur ses yeux, sur sa bouche.
– Asseyez vous me dit-il, à côté de moi.

Ce que je fis. J’avais envie de lui parler, de mon projet, d’expliquer ma présence, mais au moment où j’allais prendre la parole, il m’intima l’ordre de ne rien dire, et se remit à jouer.

J’écoutais ce premier mouvement, et me laissais bercer par les notes qui m’emportaient, s’insinuaient en moi, me pénétraient dans chaque fibre du corps, comme dans une union charnelle.

Soudain, sa cuisse gauche se colla contre la mienne. Je tressaillis. Le contact était doux, troublant, étrange. Je n’osais pas bouger. Je constatais que ce contact me plaisait et que les mots étaient inutiles.

Ses mains maintenant courraient sur les touches et les notes défilaient de plus en plus rapidement. Je connaissais ce concerto par cœur, et en même temps je ressentais le doux émoi qui s’emparait de moi. Le romantisme de l’œuvre éclatait au grand jour, dans un éclatement de notes de plus en plus pathétiques.
J’étais envahie par la musique comme celui qui se trouvait à mes côtés, et mon cœur s’envolait avec le sien, transportés ensemble dans l’écriture lyrique du compositeur.
C’était maintenant l’envolée passionnée de la fin de ce premier mouvement.
J’observais le visage du pianiste ruisselant de sueur, et mon regard souhaitait captiver le sien, au rythme des notes.

Je levai les doigts vers son visage, et le tournai vers moi. Nos yeux s’accrochèrent l’un à l’autre dans une même vibration. Mon corps tremblait autant que le sien, chacun assoiffés de la même passion que celle émise par les notes de musique.

Lorsque les derniers sons tragiques et ultimes se firent entendre, et que le silence se fit, il mit ses deux mains autour de mon visage, se pencha vers moi, prit mes lèvres contre les siennes, et avec fougue m’embrassa. Il m’avait pris aux épaules et m’écrasait contre son torse. Sa langue fouillait avec insistance ma bouche, pour venir y chercher la mienne. Son baiser était passionné, et je me laissai aller avec délices à y répondre avec le même plaisir.

© Geneviève O – juillet 2006